Est-il possible d’aimer sans désirer ? Vous avez 4h.
Je pense que de nombreuses personnes considèrent le désir comme un indicateur de sentiments amoureux. Il m’arrive d’ailleurs parfois que certaines personnes, pourtant très amoureuses de leur partenaire, viennent à douter de cet amour car le désir est bas ou absent. L’amour et le désir sont deux choses différentes, ils sont parfois corrélées mais ne fonctionnent pas systématiquement en tandem. Je vous en dis plus dans cet article.
Qu’est-ce que l’amour ?
Développer sur le sentiment amoureux prendrait sans doute beaucoup trop de place et de votre temps de lecture. D’autant plus qu’il en existe de nombreuses formes : familial, amical, amoureux… Je vous propose de partir du principe que l’on parle ici du sentiment amoureux. De l’amour qui existe entre deux personnes, que l’on parle de deux personnes en couple ou pour une relation moins cadrée.

On peut considérer l’amour comme un sentiment d’affection, d’attachement envers autrui qui pousse à rechercher de la proximité, qu’elle soit physique, intellectuelle ou encore imaginaire.
Il est intéressant de se pencher sur les normes et les perceptions que l’on a de l’amour : j’aime cette personne, qu’est-ce que cela veut dire ? Quel est l’impact de ce ressenti, de ces émotions sur mon comportement ? Qu’est-ce qu’il convient de faire ?
Nous pouvons aller en long, en large et en travers : on peut laisser plus de place à l’objet de cet amour, la prévenir, savoir si le sentiment amoureux est réciproque, et puis : qu’en fait-on ? Quelle modalité relationnelle allons-nous mettre en place ? Des moments rares ? Une vie de couple absolue ?
Et sexuellement, qu’est-ce que cela veut dire ? Dans notre culture, l’amour et le couple sont synonymes de sexualité. Si l’on tire le fil, on peut même aller jusqu’à dire qu’elle doit être fréquente, régulière et satisfaisante. Et quand je dis “dois”, ce n’est pas un conseil sexologique, c’est une norme sociétale qui, à mon sens, fait plus de mal que de bien.
Qu’est-ce que le désir ?
Le désir aussi mérite plus de place pour être développé, et c’est d’ailleurs ce que je me suis attelée à faire dans mon livre Sexplorer le désir (Mango Éditions) si vous voulez creuser le sujet.
Ce fameux désir peut être défini comme une forme d’énergie sous la forme d’attirance physique ou mentale envers un objet de désir. Cette énergie peut pousser à motiver de la sexualité : qu’elle soit imaginaire, réelle, avec soi-même ou avec autrui.

Le désir est différent de la libido, même si nous avons l’habitude de les considérer comme des synonymes. La libido, elle est l’énergie globale qui nous permet d’avancer, qui est motrice – et elle n’est pas nécessairement sexuelle : gourmandise, enthousiasme, envie de socialiser, d’aller vers l’autre, de faire des choses et aussi de faire l’amour.
NB ; On notera donc qu’une baisse de libido est différente d’une seule baisse de désir sexuel ; bien que la libido ait un impact sur le désir. À mon sens, décorréler et différencier les deux permet de travailler en sexothérapie, de manière plus ciblée.
Le désir est impacté par de (très) nombreux facteurs que l’on peut percevoir comme des freins ou comme des accélérateurs : l’hygiène de vie (alimentation, sommeil, activité physique), le stress, l’état d’esprit, la santé mentale, la satisfaction sexuelle (plaisir), l’état d’une relation, les violences, les traumatismes… La liste est très longue.
Sur les épaules de ce désir, nous avons tendance à mettre beaucoup de poids. J’ai souvent entendu ce type d’expression
- “Le sexe, c’est le ciment du couple”
- “Le sexe, ça compte pour 90% d’une relation”
- “Si il n’y pas de sexualité, c’est qu’il y a forcément un problème”
…
Pourtant, si l’on reprend nos deux définitions de l’amour et du sexe : pouvons-nous encore affirmer cela ? Il ne me semble pas.
Est-il possible d’aimer sans désirer ?
Il est tout à fait possible d’être amoureux, amoureuse sans avoir de désir sexuel pour l’objet de cet amour. Bien sûr, instinctivement et dans la majorité, l’un vient avec l’autre, mais ça n’est pas une vérité gravée dans le marbre. Et il existe différentes raisons à cela :
- Être asexuel(le) : l’asexualité est une orientation sexuelle (et non pas un problème à résoudre) qui se caractérise par l’absence ou l’occurrence très faible de désir sexuel. Une personne asexuelle peut pourtant entretenir une relation amoureuse. Je vous invite à écouter l’épisode de Basium sur le sujet (Épisode 19 : Asexuelle, en couple et tout va bien),
- Ne pas avoir de place pour ressentir du désir,
- Avoir des freins trop serrés (la liste de freins possibles est grande, je le rappelle – ex : violences, traumatismes, hygiène de vie, stress important, blocages…),
- Ne pas expérimenter une sexualité qui convienne ou qui apporte du plaisir, avoir l’impression que cela manque parfois de sens,
- S’imposer de la sexualité par convention (aka le devoir conjugal) : tueur de désir sexuel,
- Orienter son énergie vers d’autres activités (ex : le travail, une passion, une autre partie de la relation, la rénovation d’une maison…)
- …
Je ne pourrais sans doute pas vous faire de liste exhaustive tant c’est un sujet subjectif et propre à chacun, chacune. Mais je vous invite à vous faire confiance et à ne pas considérer votre désir sexuel pour votre partenaire comme étant le baromètre émotionnel de votre relation. C’est un raccourci qui peut faire beaucoup de mal.
Il est bien possible de désir sans aimer !
Pour appuyer notre point, je me permets de retourner la situation : peut-être avez-vous déjà ressenti du désir pour une personne, pour un corps, pour un contexte, sans qu’il y ait d’amour ?

Les fameux “plans cul” existent vraiment. On peut rencontrer quelqu’un, être très attiré(e) et pourtant, ne pas tomber amoureux ou amoureuse. On peut passer du très bon temps avec une personne, et ne pas avoir d’intimité nécessaire avec cette personne pour imaginer créer une relation plus solide.
S’aimer sans faire l’amour, c’est un problème ?
L’amour sans (ou presque) sexualité est possible et c’est le modèle que l’on retrouve dans la majorité des couples asexuels par exemple. On le retrouve aussi chez d’autres couples qui ne sont pas asexuels, qui ont juste moins d’envie – pour une période définie ou parce que leur couple s’en passe très bien – et cela ne dit absolument rien de l’amour qu’ils se portent.
Là où le bât blesse, c’est lorsque dans le couple, il existe un écart de désir important difficile à gérer. Il existe pourtant de nombreuses solutions pour travailler ce point, et c’est la spécialité de ma pratique. Le travail sexologique peut être très efficace dans ce type de situation, n’hésitez pas à m’écrire si vous avez des questions et/ou prendre rendez-vous.
Comment entretenir l’amour, si on ne fait pas l’amour ?
Ce qui compte pour faire naître et entretenir l’amour, ce n’est pas le désir, c’est l’intimité. Soit notre capacité à être vulnérable face à un(e) autre qui ne nous juge pas.

La psychologue américaine Dre Viviana Cole souligne les rôles et l’importance des différents types d’intimité qui nous lient :
- l’intimité émotionnelle (vulnérabilité : je suis OK avec le fait d’être vulnérable en étant avec toi, je peux te montrer mes sentiments et m’exprimer sans jugement) ;
- l’intimité intellectuelle (valeurs : je partage des convictions avec toi, nous avons des valeurs communes qui nous guident au quotidien) ;
- l’intimité spirituelle (croyances : j’ai les mêmes que toi, nos visions sur la spiritualité se rejoignent) ;
- l’intimité physique (les câlins, les baisers, les caresses, le fait de se tenir la main, de se regarder dans les yeux, la sexualité).
J’enrichirai même cette notion avec celle de l’acronyme PACS, empruntée à mon amie et associée Margaux Terrou qui regroupe les piliers du couple : le Partage, l’Admiration, la Communication et la Sexualité (au sens sexualité épanouie qui pourrait inclure le fait de ne pas en avoir, ou d’en avoir très peu, et d’être tous/toutes les deux ok avec ce principe).
Est-ce que parfois l’absence de désir peut refléter un amour qui est parti ?
Oui, parfois c’est le cas. C’est à vous de vous questionner à propos de votre amour, simplement, ne prenez pas le désir comme seul indicateur.
Conclusion
Pour conclure : OUI, vous pouvez aimer sans désirer. OUI, vous pouvez désirer sans aimer. L’amour et le désir ne sont pas nécessairement corrélés, à chacun(e) sa modalité de fonctionnement, le tout est d’en avoir conscience, de communiquer ses besoins et ses envies pour plus de fluidité.
Prenez soin de vous,
Diane Deswarte, sexologue et fondatrice du Club Kamami


